Les Sassia du Lutétien de Grignon

 Chers amis,

Comme promis voici quelques considérations à propos d’un groupe complexe de belles coquilles très bien représentées dans la falunière de Grignon: le genre Sassia (  = Eutritonium, n°167 de Cossmann).

C’est dans le niveau moyen de la coupe dans laquelle se poursuivent nos recherches et particulièrement autour du cordon à Chama lamellosa que l’on trouve en assez grande abondance ces espèces.

En attendant de débattre avec vous à l’appui de vos récoltes personnelles je viens ici vous faire part de mes propres réflexions grâce à un échantillonnage très ancien, ancien et récent de plus de… 580 spécimens dont 80% sont représentés par seulement 2 espèces.

Dans le Paléogène du Bassin de Paris 24 espèces et une sous-espèce sont décrites et listées à ce jour desquelles il faut retrancher 3 taxons qui ne sont pas des Sassia : carinulatus (n°3), deshayesiana (n°4) pyraster (n° 22).

Il faut noter que ce genre est, aussi, bien représenté dans l’Eocène de la Loire Atlantique et du Cotentin.

Si on se réfère à l’espèce type du genre Sassia (photo ci-dessous) créé par Bellardi en 1873, c’est à dire Triton apenninicum Sassi, 1827, il apparait que nos coquilles s’éloignent beaucoup de la morphologie de cette espèce Pliocène. Il sera nécessaire de revoir sérieusement cette assimilation.

Sans entrer davantage dans les détails il ressort que, dans le Lutétien du BP, 15 espèces sont répertoriées à ce jour, ce qui est considérable.

A Grignon proprement dit, d’après mes récoltes et sauf erreurs de détermination, 9 espèces seraient présentes.

Inventaire des espèces trouvées à Grignon par ordre d’importance

1 – dumortieri (n°13) 230 spécimens soit 40% du total

Cette espèce qui n’est pas facile à distinguer de reticulosa présente la particularité d’avoir les cordons spiraux et les tubercules divisés en leur milieu par un sillon. Malheureusement quelques spécimens ne montrent pas ou peu ce caractère. Localisée dans le niveau situé entre les cordons à Terebratulina et à Chama. Rare ailleurs et non trouvée dans la couche dite à oursins.

2 – colubrina (n°7) 230 spécimens soit 40% du total.

Curieusement le nombre est équivalent au précédent mais elle se trouve dans 2 niveaux et se trouve seule et très fréquente dans la couche à oursins. Sa forme allongée la distingue facilement malgré quelques petites variations de l’ornementation.

3 – multigranifera (n°14) 50 spécimens soit 8,6% du total.

Coquille assez facile à distinguer par la multitude de petits tubercules bien alignés qui ornent la coquille.

4 – reticulosa (n° 16) 14 spécimens. soit 2,4%

Proche de dumortieri (1) elle a une forme évasée (en forme de coeur symbolisé) et une décoration faite de petits rectangles sillonnés en leur milieu. Très fréquente dans le Vexin.

5 – polygonoides (n° 12) 13 spécimens soit 2,4% du total.

J’ai hésité à cause de caractères proches de la striatula à déterminer ainsi cette espèce d’autant qu’elle n’est pas citée par les anciens auteurs à Grignon, mais les caractères propres à celle-ci et l’extrême rareté de la striatula m’ont fait pencher vers cette détermination.

Note: il faudra revoir les exemplaires de striatula (et les autres aussi) dans la collection du club.

6 – nodularia (n° 17) 8 spécimens soit 1,3% du total.

Grande espèce présentant des tours très convexes, une sculpture composée de gros tubercules alignés et étirés dans le sens spiral avec de 3 à 5 cordons spiraux entre chaque rangée. Les dents à l’intérieur du labre sont bifides.

7 – bicincta (n°18) 6 spécimens soit 1,1% du total.

Grande espèce dans le Vexin, rare et plus petite à Grignon elle présente 2 rangs de gros tubercules au milieu des tours, entourés de plus petits.

Certaines multigranifera ont parfois ce caractère mais en plus petits.

8 – planicostata (n° 19) 3 spécimens soit 0,5%du total.

Curieuse espèce presque lisse dans la plupart des cas mais qui présente parfois une ornementation plus marquée. Sa forme arrondie et sa petite taille la distingue des autres.

9 – goniata (n° 10) 1 spécimen soit 0,17% du total.

Espèce très rare (mais un peu moins dans le Vexin) non citée à Grignon.

A ceci vient s’ajouter un petit nombre d’individus laissés en nomenclature ouverte soit parce qu’il s’agit de variations dans la décoration soit parce qu’il pourrait s’agir de nouvelles espèces.

Espèces non récoltées à Grignon

Je n’ai pas trouvé les espèces suivantes dans la falunière. Je vais ici mettre des photos représentant les dites « inconnues »:

formosa cette belle et grande espèce à la surface « tissée » rare dans le Vexin ne semble pas présente dans la falunière bien que sur le site de JLR 9 individus soient cités. Photo d’un exemplaire provenant de Chaussy ( c’est là qu’elle atteint sa plus grande taille. Ailleurs elle est + petite).

striatula cette espèce est décrite de la Ferme de l’Orme où elle est rarissime et proche de polygonoides ; photo d’un exemplaire provenant de Beynes et conservé au MNHN.

viperina – cette espèce semble localisée dans le Vexin ; photo d’un exemplaire provenant de Fontenay en Vexin

inornata –  cette espèce semble localisée dans le Vexin – à considérer avec doute en raison de sa ressemblance avec la précédente ; photo d’un exemplaire provenant de Chaussy

bernayi – espèce rarissime dans le Vexin et inconnue ailleurs ; photo d’un exemplaire provenant de Maulette

colubrina vitiusculensis très localisée semble t-il. pas de photo

Si vous pensez en avoir découvert certaines soyez sympa de les mettre de côté de façon à ce que nous puissions les examiner.

Merci d’avance.

Remarques

1 – Il est nécessaire d’éliminer les spécimens usés ou juvéniles.

2 – Tenir compte du fait que certains individus puissent être tératologiques, par exemple présenter une carène sur le dernier tour.

3 – Les dents à l’intérieur du labre peuvent être utiles pour distinguer les espèces, mais parfois elles sont « noyées » dans le test ou bien elles ne sont pas entièrement développées.

A Versailles le 21 juin 2016, Daniel Ledon

Remarques complémentaires

1 – Sassia bicincta très âgée du Vexin  39mm.

Rappel : comme déjà vu l’espèce type du genre est S. apenninica du Pliocène méditerranéen qui présente un aspect général bien différent de nos espèces éocéniques, donc il y aura du pain sur la planche.

2 – Plus on se rapproche du Pliocène plus les coquilles ont un aspect proche de l’espèce type, comme cette S. flandrica du Stampien du BP

3 – Ci-dessous individu complet d’Eocymatium pyraster Lamarck dont la grande majorité des exemplaires ont le canal brisé.

Les Sassia font partie de la famille des Cymatiidae ; pyraster aussi.

Bonne cogitation !

Daniel