La coquille : changement de matière, transmission de la forme

la forme survit à la matière –

Une coquille peut disparaître ; sa forme, elle, continue parfois de voyager pendant des millions d’années.
Toute l’histoire de la fossilisation est celle d’une forme qui change de matière sans jamais cesser d’être elle-même.

Dans cet article nous allons utiliser plusieurs termes :

  • Coquille : l’original biologique minéralisé d’un mollusque.
  • Moule externe : l’empreinte laissée par la surface externe de la coquille.
  • Moule interne : le remplissage lithifié de l’intérieur de la coquille.
  • Moulage : la reproduction de l’original obtenue à partir d’un moule naturel ou artificiel.

1- Le mollusque vivant 

Le mollusque vivant est composé de matière organique constituant le corps (les parties molles ) de l’animal et de sa coquille.

Le mollusque vivant possède une coquille qui constitue la forme originelle de tout ce qui va suivre. C’est cette architecture naturelle qui sera conservée, transmise ou reproduite sous des matières très différentes.

Une coquille de mollusque est généralement composée de trois couches de compositions différentes :

  • Périostracum ( n.m. (du grec [peri ] = autour de ; et [ostrakon] = coquille) : Cette couche externe, semblable à l’épiderme, est constituée d’une substance organique appelée conchyoline, sécrétée par le bord du manteau. Le periostracum supporte l’ornementation des coquilles, comme les motifs géométriques colorés. Il est rarement conservé sous forme fossile.
  • Ostracum : Il s’agit de la partie calcaire de la coquille située sous le périostracum. Cette couche est principalement composée de prismes calcitiques (CaCO3).
  • Hypostracum : c‘est la couche interne de la coquille des mollusques qui se trouve sous le l’ostracum et du périostracum. Elle est principalement formée de cristaux d’aragonite (CaCO3) disposés perpendiculairement à la surface. Cette couche, associée à la conchyoline, forme la couche de porcelaine et/ou de nacre irisée sur laquelle les muscles s’insèrent.

Cette coquille constitue la forme originelle à partir de laquelle dériveront, au cours de la fossilisation ou par le moulage, toutes les autres formes que nous allons rencontrer. Cette forme originale, remplie de matière organique, est vivante.

>> La forme naît remplie de matière organique

2- la madeleine de Proust

« Elle fit apporter un de ces petits gâteaux courts et dodus, appelés " petites madeleines ", qui semblent avoir été moulés dans la coquille Saint-Jacques d'un pèlerin ». Marcel Proust À la recherche du temps perdu

La madeleine est le moule interne de la coquille Saint-Jacques et en conserve sa forme et son empreinte.

Chez Proust, cette forme de coquille saint Jacques devient le révélateur de la mémoire. La coquille n’est plus là, mais sa géométrie demeure.

>> La forme est conservée, elle devient mémoire ; la matière devient pâte.

De même, en paléontologie, le moule interne restitue la forme d’une coquille disparue.

Dans les deux cas, la forme survit à la matière originelle : chez Proust, elle réveille le souvenir ; chez le paléontologue, elle permet de reconnaître un organisme disparu depuis des millions d’années.

 

3 – Les moules internes et externes en paléontologie

3-1  Les moules internes

Après la mort du mollusque, la matière organique qui composent les parties molles disparaissent rapidement sous l’action des agents biologiques. La coquille minérale, constituée de calcite et/ou d’aragonite, peut en revanche se conserver et se fossiliser. C’est le cas de nombreux gisements tertiaires, comme celui de Grignon, où les fossiles sont retrouvés sous la forme de véritables coquilles.

Pour de nombreux mollusques des Mésozoïque et Paléozoïque, le processus est différent. Le sédiment pénètre dans la coquille laissée vide après la disparition des parties molles, s’y consolide, puis subsiste après la dissolution de celle-ci. Il en restitue fidèlement la géométrie intérieure et constitue ce que les paléontologues appellent un moule interne. Selon les conditions de fossilisation, ce moule interne peut être un calcaire micritique ou sparitique, de la silice (calcédoine, quartz), de la barytine, de la calcite cristallisée, etc.

>> La forme survit à la coquille, elle est conservée ; la matière devient pierre.
Le moule interne est la mémoire minérale d'une coquille disparue.

On pourra lire l’article « Coquille » rédigée par JB Lamarck in « Le Nouveau Dictionnaire d’Histoire Naturelle » Tome VII p 556, 1817

3-2 Les moules externes

Dans certaines conditions, une coquille demeurée vide après son enfouissement peut se dissoudre longtemps après la consolidation du sédiment. Elle laisse alors dans la roche une cavité reproduisant fidèlement sa forme extérieure et son ornementation. Cette empreinte constitue un moule externe, véritable « fossile fantôme » dont la présence n’est révélée qu’en injectant, sous vide, du plâtre ou une résine synthétique dans la cavité avant de dissoudre la roche encaissante. On obtient ainsi un moulage reproduisant avec une extrême fidélité le volume et les reliefs de la coquille disparue. ( Jean-Claude Gall – SGF). Le moule externe est effectivement une forme sans matière, une absence qui garde pourtant une information. La forme subsiste même dans le vide

> La forme est conservée : la matière devient le vide

4- Les moulages de coquillages de Bernard Palissy

Le décor moulé sur nature pratiqués, de longue date, par les orfèvres a été introduit dans la céramique par Bernard Palissy