La pourpre des Muricidae

Astérix gladiateur

Astérix gladiateur – Goscinny et Uderzo

La pourpre antique d’origine marine est une teinture rouge violacée obtenue à partir de mollusques gastéropodes de la famille des Muricidées : Bolinus brandaris  (Linnaeus, 1758), Hexaplex trunculus  (Linnaeus, 1758) et Stramonita haemastoma (Linnaeus, 1767). 

                              Sommaire

** Introduction ** Découverte de la pourpre suivant les légendes ** Tyr, capitale de la pourpre ** La matière première de la pourpre ** Bolinus brandaris, linnaeus 1758 ** Hexaplex trunculus, linnaeus 1758 ** Récolte des coquillages et préparation de la teinture ** Production de la pourpre en Gaule et en France ** Le byssus ** L'odeur de la pourpre ** La découverte du brome ** Découverte de la formule chimique de la pourpre ** Fabrication artisanale actuelle

 

1- Introduction

Cette teinture a pour origine un mucus incolore sécrété par la glande hyppobranchiale, présente dans la cavité palléale situé le long du rectum du mollusque, qui, après macération et ébullition et au contact de la lumière, devient jaune puis vert, bleu, et enfin pourpre. Au final, est obtenue une gamme de couleurs de diverses nuances allant des rouges sombres aux violets en passant par les bleus violacés. La nuance la plus prisée étant celle du « sang caillé noirâtre ».

Tyr, ville du Liban actuel, fut pendant 3000 ans jusqu’à la chute de l’empire byzantin en 1453 le centre de production de ‘la pourpre de Tyr’ le plus important du bassin méditerranéen. De vastes gisements de coquillages ont été excavés à la périphérie de Tyr.

« Le Péloponnèse est entièrement entouré par la mer, à l’exception de l’endroit où il tient au continent par l’Isthme de Corinthe. Les côtes de la Laconie fournissent des coquillages dont on tire une pourpre qui est la plus estimée pour la teinture, après celle de la mer de Phénicie. » Pausanias ( 115-180) Livre III 21-6 

Les vêtements de laine, lin et soie teints en pourpre réputés pour leur grande qualité mais du fait de leur prix très élevé, compte tenu du difficile procédé de fabrication, furent réservés dans la Grèce hellénistique, l’empire romain, l’empire byzantin, l’église catholique…à une élite politique, religieuse, militaire… devenant ainsi le symbole du pouvoir, d’une haute dignité, du prestige et de la richesse. La couleur pourpre reste, encore aujourd’hui, le symbole du pouvoir des cardinaux dans l’église catholique.

La pourpre est omniprésente depuis la haute Antiquité jusqu’à la Renaissance : pigments de pourpre sur des fresques à Santorin, dans les encres des enluminures de manuscrits médiévaux ; tissus, parchemins, vélins, papiers pourprés ; vêtements de l’élite dans la Grèce hellénistique, dans l’Empire romain, costumes cléricaux des Eglises orthodoxes et catholiques ; nombreuses occurrences sur papyrus égyptiens, tablettes de terre cuite aux caractères cunéiformes, dans la Bible, sous la plume d’Homère, d’Aristote, de Pline l’Ancien…

“ Fils d’homme, profère sur Tyr un chant funèbre […]. En lin d’Égypte de couleurs variées était la toile que tu déployais pour te servir de voile. Le fil bleu et la laine teinte en pourpre rougeâtre, voilà ce qui formait la couverture de ton pont. […] Ils étaient tes commerçants en vêtements splendides. ” – Ézékiel 27:2, 7, 24

« Le violet pour les colorants a pris son poids en argent à Colophon [cité  ionienne]. » Theopompus, historien (4ème siècle avant J.-C)

« La réputation de cette teinture tenait à l’éclat de ses tons chatoyants et surtout à sa stabilité : les anciens ne connaissaient guère, en dehors d’elle, que des couleurs végétales qui s’atténuent et s’effacent avec le temps, sous l’influence de la lumière ; la pourpre, au contraire, durait indéfiniment sans s’altérer, s’avivait même à la longue et prenait en vieillissant des reflets nouveaux. » Article Purpura in Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, IV, 1, p. 769 – 1873

2- Découverte de la pourpre suivant la légende phénicienne et la mythologie gréco-romaine

Melkart ou Melqat était la puissance tutélaire de la cité de Tyr : « il offrit une tunique à sa bien-aimée, colorée avec un liquide provenant d’un coquillage qui la teignit de pourpre. Melkhart découvrit cette teinte grâce à son chien qui croqua un mollusque lors d’une promenade sur la plage. Si une divinité la trouvait suffisamment belle pour l’offrir à sa bien-aimée, la pourpre était forcément digne des dieux. » Selma Elise Numanoglu, Les pourpres : une histoire haute en couleurs

Transposition de la légende phénicienne dans la mythologie gréco-romaine par Pollux (Onomasticon I, 4), grammairien égyptien du IIIe siècle de notre ère : « Le chien d’Hercule, ayant aperçu une pourpre ramper sur un rocher et s’avancer hors de sa coquille, en saisit la chair avec ses dents; puis la mangea. Le sang couvrit les lèvres du chien du rouge le plus vif… ».

 

3- Tyr, capitale de la pourpre

Connue depuis la plus haute antiquité, la production de la pourpre marine, avérée depuis le IIe millénaire avant J.-C. prit une dimension quasi industrielle en Phénicie (actuel Liban). D’ailleurs le nom de Phénicie dérive du mot grec « poniké » qui signifie pourpre ! (terre du pourpre !).

« La Syrie trafiquait avec toi [Tyr], à cause du grand nombre de tes produits ; d’escarboucles, de pourpre, de broderies, de byssus, de corail et de rubis, elle pourvoyait tes marchés. » La Bible Ezéchiel 27-16

Le site archéologique d’Ugarit (actuel Syrie), ancienne cité du Proche Orient qui  connut son apogée au tournant du IIe millénaire av. J.-C. a fourni une abondante documentation en tablettes de terre cuite portant des inscriptions cunéiformes. Une en particulier supporte le texte d’un marchand qui évoque la teinture d’environ soixante kilos de laine en pourpre que lui devait les teinturiers. Des dépôts de coquilles brisées de murex de la même époque ont été découverts sur ce site, témoignant d’une exploitation organisée des coquillages. C’est la ville de Tyr qui pendant plus de 30 siècles aura l’industrie la plus florissante de la pourpre d’origine marine.

« Il est notoire que la pourpre de Tyr est universellement réputée la plus belle : on la recueille à proximité de la ville, et dans la ville même se trouvent réunies toutes les conditions les plus favorables aux diverses opérations de la teinture. » Strabon Géographie Lib. XVI, cap II, §23)

Capitale de la production de la pourpre, la ville de Tyr établira des comptoirs dans tout l’Ouest du bassin méditerranéen, à Carthage, Tarente, Ancône, Syracuse ou à Puzzoli, qui étaient des sièges de fabriques secondaires de pourpre sur brevet phénicien.  

L’industrie de ‘la pourpre de Tyr’ a prospéré malgré l’histoire mouvementée de cette ville :  de ville libre passée sous domination perse, puis grecque à partir de 332 BC (prise de Tyr par Alexandre), puis domination romaine. A la chute de l’Empire romain d’Occident (an 476) la ville de Tyr passera sous la juridiction de Constantinople. Le déclin de l’industrie de la pourpre s’amorce après la prise de Constantinople par les croisés en 1204 et de Tyr en 1223. La prise de Constantinople en 1453 par les Ottomans qui conduit à la disparition de l’empire byzantin met fin à l’activité de la teinture à Tyr.

L’arrêt de la production de la pourpre de Tyr due aux bouleversements géopolitiques du XVe siècle est l’occasion pour d’autres teintures rouges à base d’insectes (le carmin fabriqué à partir de la puce cochenille importée massivement du Mexique par les conquistadors espagnols au début du XVIème siècle qui a remplacé la carmin fabriqué depuis la plus haute antiquité à partir des cochenilles kermès (Kermes vermilio), parasites du chêne kermès) ou teintures bleus à base de végétal (l’indigo en provenance des Indes suite la découverte de la route des Indes par Vasco de Gama à la fin du XVème siècle) de faire leur apparition sur les marchés du monde méditerranéen. 

 

4- La matière première de la pourpre

Les espèces de la famille des Muricidées (murex) sont des gastéropodes carnivores. Ce sont de redoutables chasseurs. Ils utilisent leur radula, sorte de langue munie de nombreux denticules pour perforer les coquilles des autres mollusques ! Mieux, ils ont la faculté de produire un liquide anesthésiant qu’ils utilisent pour d’immobiliser leurs proies. Ce liquide anesthésiant fournit par la glande hyppobranchiale n’est autre que le mucus qui se transforme en la couleur pourpre après une phase de fermentation.

Utilisée depuis l’antiquité, ce pigment de grande valeur n’est qu’une triste découverte pour ces Muricidées : il faut 12000 Murex pour fabriquer 1,4 grammes de pigment de teinture pourpre ! Après 3000 ans d’intense exploitation, les espèces furent poussées à l’extinction le long des côtes de Phénicie et à une raréfaction dans tout le bassin méditerranéen. Ce qui,  en plus des considérations géopolitiques, a provoqué, au XVème siècle, l’arrêt de la production de la pourpre à partir de ces coquillages.

4-1 Bolinus brandaris (Linnaeus, 1758) murex épineux

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Bolinus brandaris  (Linnaeus, 1758) – Photo Yann Deffontaine

La description de ce mollusque Bolinus brandaris (Linnaeus, 1758) qui suit est intégralement fournie par le site Doris : LE BRIS Sylvain, MÜLLER Yves in : DORIS, 18/11/2021 : Bolinus brandaris (Linnaeus, 1758), https://doris.ffessm.fr/ref/specie/2876

« Coquille beige en forme de massue, long siphon, épines ou tubercules, opercule corné, brun, à stries concentriques.

La coquille du murex épineux, avec sa forme globulaire prolongée par un long canal siphonal légèrement recourbé vers le haut à son extrémité, rappelle celle d’une massue. Cette espèce peut atteindre 9 cm de longueur, dont la moitié pour le canal siphonal. La spire comprend 6 tours anguleux, chacun portant 4 à 8 épines disposées sur une même ligne, dont la taille augmente en se rapprochant de l’ouverture. Celle-ci a une forme ovale et un opercule corné, brun, aux stries concentriques, l’obstrue quand l’animal se rétracte à l’intérieur.
La coquille est souvent recouverte d’épibiontes (algues vertes microscopiques, algues calcaires) masquant sa couleur beige. L’intérieur est de couleur orangée.

Le pied, de couleur blanchâtre à brunâtre chiné de noir, porte 2 tentacules olfactifs.

Bolinus brandaris se rencontre sur les fonds sableux ou vaseux entre 5 et 50 m de profondeur, mais est rapporté jusqu’à 200 m. Plus rarement, il peut également se rencontrer sur les fonds rocheux peu profonds.

Origine du nom scientifique

Bolinus : nom de genre donné par G. Pusch en 1837. Plusieurs étymologies sont possibles :
 – de Bolina = nymphe de la suite d’Apollon
 – de Bolis = météore igné ayant la forme d’un trait ou sonde marine
 – de bouline = sonde
 
brandaris : nom d’espèce créé par Linné à partir du nom allemand [brandhorn] (littéralement = corne d’incendie), qui donna en ancien français [brand] = épée. Peut être en rapport avec le long canal siphonal qui peut rappeler une épée. »

 

4-2 Hexaplex trunculus  (Linnaeus, 1758) Rocher fascié

Hexaplex trunculus

Hexaplex trunculus  (Linnaeus, 1758) – Photo H. Zell

La description qui suit est intégralement fournie par le site Doris : WACQUANT Claude, MÜLLER Yves, LAMARE Véronique in : DORIS, 20/01/2021 : Hexaplex trunculus (Linnaeus, 1758 ), https://doris.ffessm.fr/ref/specie/943

« Escargot de 4 à 8 cm à coquille fusiforme et spire pointue, canal siphonal court, profond et incurvé vers l’arrière, coquille à profil anguleux avec tubercules ou épines, développées en général sur 6 varices, coquille ornée sur le dernier tour par 2 ou 3 bandes spiralées brunes ou violacées visibles également au niveau de l’ouverture.

La coquille presque fusiforme, épaisse, massive, comprend 6 ou 7 tours étagés anguleux, avec une spire pointue. Le dernier tour, volumineux, se termine par une large ouverture ovale à légèrement anguleuse avec un bord columellaire lisse.
Cette ouverture se prolonge par un canal siphonal court, profond et incurvé vers l’arrière.
Sa surface est ornée de nombreuses sculptures : fines stries et 6 à 9 cordons spiralés porteurs de tubercules au niveau de côtes axiales. En général 6 varices sur le dernier tour arborent des tubercules plus grands ou des épines plus ou moins pointues.
On constate une grande variabilité des sculptures entre individus avec en particulier une présence dominante sur certains sites soit de formes tuberculées soit de formes épineuses.
La longueur moyenne est de 4 à 7,5 cm et peut aller jusqu’à 8,5 cm.
La couleur est blanchâtre, beige, ou brun clair, généralement associée à des bandes spiralées grises, violacées ou brun plus foncé. Ces bandes, souvent au nombre de trois sur le dernier tour, sont visibles en plus violacé à l’intérieur de l’ouverture. La couleur est souvent masquée par les algues et animaux fixés.
Un opercule corné aux stries concentriques clôt la coquille quand l’animal s’y retire.

Organisation interne :
Le tube digestif commence par une trompe rétractile (proboscis) très développée contenant la radula et se prolongeant par l’œsophage.
Comme chez d’autres carnivores et nécrophages, la radula est étroite et relativement simple (de type rachiglosse), avec trois dents par rangée transversale : une dent médiane (à plusieurs pointes) est bordée de chaque côté par une dent latérale.

Origine du nom scientifique

Hexaplex : du grec [hexa] = six et du latin [plex] = plis ou multiple, donc coquille à six plis ou varices.
trunculus : du latin [trunculus] = tronqué. »

 

5- Récolte des coquillages et fabrication de le teinture

Aristote, dans « Histoire des animaux », et Pline l’ancien dans  « Histoire naturelle », décrivent le processus de fabrication de la teinture dans l’antiquité :

5-1 Aristote

« Maintenant, il faut parler de la génération des animaux, non pas seulement de ceux qui s’accouplent, mais de ceux qui ne s’accouplent pas. Nous traiterons d’abord des testacés. Ils forment le seul genre, pour ainsi dire, qui tout entier n’ait pas d’accouplement. Ainsi, les pourpres se réunissent, en grand nombre au printemps, dans le même lieu, pour y faire ce qu’on appelle leur cire. C’est en effet une sorte de cire analogue à celle du miel, si ce n’est qu’elle n’est pas aussi brillante ; mais on dirait un amalgame de cosses nombreuses de pois-chiches, de couleur blanche. Ces cosses apparentes n’ont pas de canal ouvert, et ce n’est point d’elles que naissent les pourpres ; elles aussi, les pourpres, naissent de la bourbe et de la putréfaction, comme les autres testacés. Cette cire est pour elles une sorte d’excrétion qui les purge, comme elle l’est également pour les buccins, qui font aussi leur cire. Les testacés qui font de la cire naissent absolument de la même manière que le reste des testacés; mais leur naissance est plus facile, puisque les éléments homogènes sont préalablement tout préparés. Quand ils commencent à faire de là cire, ils jettent une mucosité gluante, qui sert à lier ensemble ces espèces de cosses de pois. Toutes ces cosses se répandent dans l’eau, et portent leur liqueur à terre. A l’endroit où elles s’arrêtent, se forment dans la terre de petites pourpres, qu’on trouve sur les pourpres qu’on pêche et qui parfois sont encore tout informes. Si l’on prend des pourpres avant qu’elles n’aient pondu, elles pondent dans les nasses mêmes, non pas au point où elles se trouvent, mais en se réunissant en une masse unique, comme si elles étaient encore dans la mer ; seulement, resserrées comme elles le sont, elles forment une sorte de grappe de raisin.

D’ailleurs, on distingue plusieurs espèces de pourpres. Les unes sont très-grandes, comme celles du cap Sigée et de Lectos; les autres sont petites, comme celles de l’Euripe et des côtes de Carie. Celles qu’on trouve dans les rades sont grandes et rugueuses. La plupart ont leur bouquet de couleur noire; quelques-unes sont rouge et tout petit. Parfois, elles deviennent très-grandes, jusqu’à peser une mine. Celles qui sont sur les bords et près des promontoires sont petites; et leur bouquet est rouge. Dans les endroits exposés au nord, elles sont noires; et rouges, dans les endroits exposés au midi ; du moins, c’est le plus ordinaire. On prend les pourpres au printemps, au moment où elles font leur cire. Dans la canicule, on n’en prend plus, parce qu’alors elles ne vont plus à la pâture, et qu’elles se cachent et se blottissent. Leur bouquet est placé entre le micon et le cou ; la connexion de ces deux parties est épaisse ; la couleur est celle d’une membrane blanche, qu’on peut enlever, et qui, quand on l’écrase, teint et colore la main. Il y a comme une veine qui la traverse ; et c’est là précisément ce qu’on prend pour le bouquet ; le reste ressemble à de l’alun. Le bouquet des pourpres est le moins bon au moment où elles font leur cire. On broie les petites pourpres avec leurs coquilles, parce qu’il serait trop difficile de détacher leur bouquet; mais on l’enlève aux plus grandes, après avoir ôté préalablement la coquille. De cette façon, le cou se trouve séparé du micon ; et entre les deux, se trouve le bouquet, au-dessus de ce qu’on appelle l’estomac; le bouquet enlevé, il faut nécessairement que les deux parties se séparent. On a bien soin de broyer les pourpres toutes vivantes; car si la pourpre meurt avant celte opération, elle rejette et vomit son bouquet. Aussi, les garde-t-on dans les filets jusqu’à ce qu’on les ait réunies en nombre, et qu’on puisse aisément les piler. Jadis, on ne mettait pas de nasses sous les appâts, et on ne les disposait pas comme on fait maintenant. Il en résultait que souvent la pourpre retombait à l’eau après qu’on l’en avait tirée; mais aujourd’hui on arrange les choses de façon que, si la pourpre retombe, elle ne soit pas perdue. Elle retombe surtout quand elle est pleine ; mais alors même qu’elle est vide, il n’est pas facile de la tirer. Voilà les particularités de la pourpre. Les buccins naissent de la même manière qu’elles, et dans la même saison.

Les buccins et les pourpres ont, les uns et les autres, leurs opercules placés de même, et l’ont dès leur naissance, comme tous les autres turbines. Ils se repaissent en tirant ce qu’on appelle leur langue de dessous leur opercule. Cette langue de la pourpre est plus grosse que le doigt ; elle s’en sert pour se nourrir, et pour percer les coquillages, et même sa propre coquille. La pourpre et le buccin vivent tous deux fort longtemps. La pourpre vit à peu près six ans ; et chaque année, on peut suivre et voir sa croissance sur la coquille par les pas de l’hélice. » Aristote histoire des animaux – Livre V  XIII 1-9

5-2 Pline l’Ancien

« Au moins les perles sont une propriété presque éternelle, elles passent à l’héritier; on les aliène comme un bien-fonds : mais les couleurs dues aux coquillages et à la pourpre s’altèrent d’heure en heure, et cependant le luxe, qui en est aussi le père, y met un prix presque égal au prix des perles. Les pourpres vivent généralement sept ans. Elles se tiennent cachées, comme les murex, pendant trente jours, à l’époque de la Canicule; elles se réunissent en troupes vers le printemps, et en se frottant mutuellement elles produisent une salive visqueuse, qui forme une espèce de cire.

Les murex en font autant. Mais les pourpres ont au milieu du gosier ce suc si recherché pour la teinture des étoffes. C’est une très petite quantité de liquide contenue dans une veine blanche, et dont la couleur est celle d’une rosé tirant sur le noir. Le reste du corps est stérile. On s’efforce de les prendre vivantes, parce qu’elles rejettent cette liqueur en mourant. Aux plus grandes, on l’extrait après avoir enlevé la coquille; quant aux petites, on les écrase vivantes avec le test, ce qui la leur fait dégorger.

En Asie, la plus belle pourpre est celle de Tyr ; en Afrique, celle de Meninx et de la côte gétulienne de l’Océan ; en Europe, celle de la Laconie. Devant cette pourpre les faisceaux et les haches romaines écartent la foule : elle fait la majesté de l’enfance; elle distingue le sénateur du chevalier; on la revêt pour apaiser les dieux; elle donne la lumière à tous les vêtements; elle se mêle à l’or dans la robe du triomphateur. Excusons donc la folle passion dont la pourpre est l’objet : mais où est le mérite des couleurs conchyliennes? l’odeur en est infecte à la teinture, et la nuance en est d’un vert attristant, et semblable à celui de la mer en courroux. Les pourpres ont la langue d’un doigt de long.

C’est avec cette langue qu’elles se nourrissent, perçant les autres coquillages, tant la pointe en est dure. L’eau douce leur donne la mort ; elles meurent même partout où quelque rivière vient se jeter à la mer; autrement elles vivent, prises, pendant cinquante jours, de leur salive. Tons les coquillages croissent promptement, surtout les pourpres; en un an, elles ont atteint toute leur grosseur.

Si là je passais à d’autres objets, le luxe croirait certes qu’on lui fait tort, et nous accuserait de négligence. Entrons donc dans les ateliers, et, de même que l’on connaît la production des céréales, soutien de la vie, faisons connaître les jouissances de leur vie à ceux qui se plaisent à ces frivolités. Les coquillages pour la pourpre et les couleurs conchyliennes (les éléments sont les mêmes, la combinaison seule diffère); ces coquillages, dis-je, sont de deux espèces : la plus petite est le buccin, ayant la forme et portant le nom de la conque qui produit le son du cor (buccina); l’ouverture est ronde, à pourtour incisé.

L’autre est appelée pourpre ; son bec s’avance formant un canal qui, tubulé à l’intérieur sur le côté, livre passage à la langue ; en outre, la coquille est couverte, jusqu’au sommet, de pointes, d’ordinaire au nombre de sept, et disposées en rond ; mais le buccin n’en a pas. Tous les deux ont autant de spirales qu’ils ont d’années. Le buccin ne s’attache qu’aux roches, et on le prend auprès des écueils. Les pourpres portent un autre nom, celui de pélagiennes ; il y en a de plusieurs espèces, distinctes par l’alimentation et le séjour. La pourpre de vase, nourrie dans une fange putride, et la pourpre d’algue, nourrie de cette plante, sont l’une et l’autre les moins estimées. Celle de roche est meilleure ; on la recueille sur les bancs de rochers; cependant la pourpre qu’elle fournit est encore trop claire et trop légère. La pourpre de galet, ainsi appelée des galets de mer, est merveilleusement propre à la fabrication des couleurs conchyliennes. Mais la meilleure de beaucoup pour la teinture en pourpre est celle qu’on appelle dialutensis, à cause qu’elle se nourrit sur des terrains variés.

On prend les pourpres avec des espèces de nasses petites et à maille large, qu’on jette dans la mer. On y met pour appât des coquillages qui pincent en se fermant, tels que les moules. Ces coquillages à demi-morts, mais qui, rendus à la mer, se raniment et s’ouvrent avidement, sont recherchés par les pourpres, qui les attaquent en avançant la langue : se sentant piqués, ils se ferment, et serrent ce qui les blesse; et les pourpres, victimes de leur avidité, sont enlevées suspendues par la langue.

La saison la plus favorable pour cette pêche est après le lever de la Canicule ou avant le printemps; mais quand les pourpres ont jeté leur cire, la teinture qu’elles fournissent n’a pas de solidité. On ignore cela dans les teintureries, et cependant ce point est essentiel. On extrait la veine dont nous avons parlé, il est nécessaire d’y mettre du sel, vingt onces environ pour cent livres de suc. Une macération de trois jours est tout ce qu’il faut ; car  la liqueur a d’autant plus de force qu’elle est plus récente.

On la fait bouillir dans des vases de plomb; et cent amphores (soit 1944 litres.) de cette préparation doivent être réduites à cinq cents livres à l’aide d’une chaleur modérée ; aussi se sert- on d’un tuyau répondant à un foyer éloigné. On enlève de temps en temps avec l’écume les chairs qui nécessairement sont restées adhérentes aux veines; au dixième jour environ, tout est fondu. Pour essayer la liqueur, on y plonge de la laine dégraissée; et la cuisson continue jusqu’à ce qu’on ait atteint le point. La teinte qui tire sur le rouge vaut moins que celle qui tire sur le noir. La laine trempe pendant cinq heures, puis on la replonge après l’avoir cardée, jusqu’à ce qu’elle soit saturée. Le buccin .ne s’emploie pas seul, parce que la teinture qu’il donne n’est pas durable.

Uni à la pourpre, il prend très bien le mordant, et il donne à la nuance trop foncée de celle-ci l’éclat sévère de l’écarlate, qui est ce qu’on recherche. Ainsi combinées, ces deux couleurs se donnent l’une à l’autre de l’éclat et du sombre. La juste mesure du mélange est, pour 50 livres de laine, 200 livres de buccin et 110 livres de pourpre : c’est ainsi que se fait cette admirable couleur d’améthyste. Pour la couleur tyrienne on trempe d’abord la laine dans la pourpre quand la cuisson est encore peu avancée, puis on achève la teinture en la trempant dans le buccin ; elle est parfaite quand elle a la couleur du sang coagulé, c’est-à-dire un aspect noirâtre avec un reflet brillant : aussi Homère dit-il le sang pourpré.

Je vois que de tout temps la pourpre a été en usage à Rome, mais que Romulus ne l’employait que pour la trabée. Il est certain du moins que le roi Tullus Hostilius est le premier qui se servit de la prétexte et du laticlave; et ce fut après la défaite des Étrusques. Cornélius Népos, qui mourut sous le règne du dieu Auguste, a dit : « Pendant ma jeunesse, la pourpre violette était en faveur; la livre s’en vendait 100 deniers ; puis après ce fut la pourpre rouge de Tarente.

Elle fut remplacée par la pourpre tyrienne dibaphe, qui coûtait plus de 1,000 deniers la livre. P. Lentulus Spinther, édile curule, fut le premier qui s’en servit pour la prétexte ; on le blâma : aujourd’hui quel est celui qui n’ait dans sa salle à manger des tapis de lit en pourpre tyrienne? » Spinther fut édile l’an de Rome 691, sous le consulat de Cicéron. Ou appelait alors dibaphe la pourpre deux fois teinte ; c’était de la somptuosité : aujourd’hui presque toutes les pourpres de quelque prix sont teintes de cette façon.

Pour les étoffes conchyliennes le procédé est le même ; seulement on n’emploie pas le buccin. En outre, on mêle au suc de l’eau et de l’urine d’homme par parties égales; on y ajoute aussi une moitié de plus en pourpre (c’est-à-dire que pour 60 livres de laine on met 165 livres de pourpre). C’est ainsi qu’au moyen d’une saturation incomplète on obtient cette nuance pâle si estimée, et d’autant plus claire que la laine a pris moins de teinture. Le prix de ces sucs varie suivant que les côtes sont plus ou moins abondantes en coquillages : cependant il est bon d’apprendre à ceux qui payent ces couleurs un prix excessif, que 100 livres de pourpre ne se payent jamais plus de 50 deniers, et 100 livres de buccin 100 deniers.

Ce terme n’est que le commencement d’une autre industrie : on se fait un jeu de dépenser, de doubler les combinaisons, et de falsifier  immense. de nouveau ce qui était déjà une falsification des choses naturelles. Ainsi on colore l’écaillé de tortue; on allie l’or à l’argent pour en faire l’électrum ; à cet alliage on ajoute le cuivre pour faire l’airain de Corinthe. Ce n’est pas assez d’avoir emprunté à une pierre précieuse le nom d’améthyste, on retrempe la pourpre améthyste dans la pourpre de Tyr, afin de lui donner un nom insolent tiré des deux (tyriamethyslus}, et de doubler ainsi le luxe. On ne teint plus les étoffes en couleur conchylienne que pour obtenir une meilleure transition à la couleur tyrienne.

Cette invention est due sans doute au repentir de quelque artiste qui modifiait une couleur dont il était mécontent ; on en a fait un procédé. Les esprits avides de l’extraordinaire ont transformé une maladresse en une merveille, et on a ouvert au luxe une double voie, en chargeant une couleur d’une autre couleur, qui devenait ainsi plus suave et plus douce.

Bien plus, on y mêle les productions terrestres, et l’on teint avec la pourpre de Tyr les étoffes teintes avec l’écarlate, afin d’en faire l’hysgine. La graine d’écarlate, la plus estimée, comme nous le dirons en parlant des productions terrestres, est celle de la Galatie ou des environs d’Émérite en Lusitanie. Pour terminer mes observations sur les teintures précieuses, je remarquerai que cette graine donne, si elle n’a qu’un an, une couleur pale, et si elle a plus de quatre ans, une couleur qui s’efface ; ainsi elle n’a de force ni jeune ni vieille. J’ai traité amplement d’un art par lequel les hommes aussi bien que les femmes pensent relever considérablement leur beauté. » Pline l’ancien Livre IX, § LX – Les animaux aquatiques.

 

6- Production de pourpre en Gaule et en France

« Deux coquillages de la famille des Muricidées ont été exploités en France pour l’extraction de leur glande hypobranchiale et de leur précieuse pourpre. Il s’agit de Nucella lapillus et Ocenebra erinaceus. Cette activité a été mise en évidence depuis la Tène (La culture de La Tène est une culture archéologique qui se développe en Europe entre environ 450 et 25 av. J.-C. et doit son nom au site archéologie de la Tène, sur le bord du lac de neuchatel en Suisse) jusqu’au XIVe s. le long de la Manche et de la côte atlantique française. » Catherine Dupont, « Ne confondons pas coquilles et coquillages »

Nucella lapillus (Linnaeus, 1758), aussi connu sous le nom de Pourpre de l’Atlantique, Pourpre petite pierre  ou Bigorneau blanc.

Ocenebraer inaceus (Linnaeus, 1758) appelé aussi le cormaillot ou murex perceur.    

 

7- Le Byssus

A remarquer que dans l’antiquité, en parallèle de la teinture de pourpre, est associé un artisanat de tissage du « byssus » extrait du même milieu aquatique.

« Bientôt j’eus revêtu mes vêtements de byssus, fabriqués avec les filaments lustrés et soyeux qui rattachent aux roches les « jambonneaux », sortes de coquilles très abondantes sur les rivages de la Méditerranée. » Jules Verne, 20000 lieux sous les mers

Le byssus (du grec bussos, lin fin) est un ensemble de fibres sécrétées par une glande dite glande byssogène de certains mollusques bivalves de la famille des Mytilidés, Pinnidés, Pectinidés…et qui leur permet d’adhérer au substrat. Le bivalve le plus recherché pour son byssus est Pinna nobilis Linnaeus, 1758. 

 

« Les coquillages sont formés comme on l’a dit. Les uns naissent dans les bas-fonds, sur les côtes, dans les boues, quelques-uns dans les roches les plus dures, quelques-uns dans les fonds de sable. Il en est qui changent de place ; d’autres n’en changent pas. Parmi ceux qui en changent, les pinnes poussent des racines….Les pinnes poussent toutes droites du fond de la mer, dans les sables et dans la bourbe. » Aristote – Histoire des animaux Livre V 13-4 (343 av. J.-C. )

« Hiram, roi de Tyr, répondit dans une lettre qu’il envoya à Salomon …. « Aussi je t’envoie un homme prudent et éclairé, Huram-Abi. Il est habile pour travailler l’or, l’argent, l’airain, le fer, la pierre et le bois, les étoffes teintes en pourpre et en bleu, les étoffes de byssus et teintes en cramoisi… » La bible – Chroniques 2-2-14

Pour Aristote, les filaments de ces mollusques géants – les pinnes –  étaient « la soie des coquilles » et pour Pline « le linum byssinum était une sorte de lin très fin ».

En Méditerranée, le mollusque bivalve Pinna nobilis Linnaeus, 1758 (la grande nacre) produit un byssus que l’on transforme en un textile appelé soie de mer ou laine de poisson. Pinna nobilis est en bonne place dans de nombreux cabinets de curiosités du XVIIIè Siècle. Mais tout ceci est une autre histoire 

 

8- Et l’odeur de la pourpre d’où vient-elle ?

Un papyrus égyptien (Sallier n°2 – 1200 av. J.-C.) conservé au British Museum signale déjà la mauvaise odeur de la pourpre « les mains des teinturiers sentent mauvais, elles ont l’odeur de poissons putréfiés. »

Strabon (60 av. J.-C./v. 20 ap. J.-C.) : « Il faut convenir seulement que, si cette industrie enrichit la ville {Tyr}, le nombre toujours grossissant des teintureries en rend le séjour fort incommode [sans doute à cause de l’odeur]. »  Strabon Géographie Lib. XVI, cap II, §23)

Le poète latin Martial ( v. 40, v.104) dans ses épigrammes évoque lui aussi l’odeur de la pourpre : « …La puanteur d’une étoffe trempée deux fois dans le murex… » Livre IV-épigramme IV

« Si Philénis porte nuit et jour des vêtements de pourpre, ne croyez pas que ce soit par ambition ou par orgueil ; c’est l’odeur qu’elle en aime, non la couleur. » Martial Livre IX-épigramme LXIII

Pline l’Ancien expliquait « En outre, on mêle au suc de l’eau et de l’urine d’homme par parties égales ; on y ajoute aussi une moitié de plus en pourpre (c’est-à-dire que pour 60 livres de laine on met 165 livres de pourpre). ».

Longtemps, en référence au récit de Pline, on a pensé que c’était ‘l’urine ajoutée à la mixture qui était la source de l’odeur de la teinture’ in L’odeur de la pourpre par E. Derrien (1911) page 15 

Ce n’est qu’en 1826 que l’on aura l’explication quant à l’odeur de la pourpre.

 

9- Découverte du Brome

En 1826, âgé de 23 ans, Antoine-Jérome Balard (1802-76) – qui donna son nom à une station de métro et à une place parisienne – découvrait dans l’eau de mer un nouvel élément chimique. Balard proposa à l’Académie des Sciences l’appellation ‘Murine’ pour ce nouvel élément en raison de sa couleur pourpre et de son extraction à partir de la saumure. Gay-Lussac suggéra à l’Académie d’attribuer le nom de Brome (du grec Bromos, mauvaise odeur !). Cet élément (Br) prit le numéro atomique 35 dans la classification périodique des éléments (tableau de Mendeleïev). Futur directeur de thèse de Louis Pasteur, Balard n’imaginait sans doute pas que l’élément qu’il avait identifié entrait dans la composition de la pourpre.

Parenté de la pourpre avec l’indigo

La parenté des couleurs de la pourpre avec celles de l’indigo sont reconnus dans les années 1870 par plusieurs chimistes italiens.

 

10- Découverte de la formule chimique de la pourpre

Paul Friendlaender (1857-1923), chimiste allemand, parvient en 1909 à isoler et analyser le colorant naturel de la pourpre de Tyr ; à partir de 12 000 Murex brandaris du bassin méditerranéen, il récolte 1,4 g de pigment de pourpre pur. L’analyse permet de découvrir que le composé n’était pas un dérivé sulfuré du colorant indigo (synthétisé en 1903), comme attendu, mais un dérivé bromé, le 6,6′-dibromoindigo (dibromure d’indigo).

La pourpre extraite du Murex brandaris est donc constituée d’un mélange de bis-indoles (indigo et indirubine), plus ou moins bromés.

 

11- Fabrication actuelle artisanale

De-ci de-là, de par le monde des ateliers d’artisans redécouvrent et exploitent l’ancien procédé de fabrication de la teinture pourpre à partir de coquillages de la famille des muricidées.

 

Bibliographie

Charlot Colette, « Antoine Jérôme Balard (1802-1876), le découvreur du brome ». In: Revue d’histoire de la pharmacie, 94ᵉ année, n°356, 2007. pp. 495-504.

Catherine Dupont, « Ne confondons pas coquilles et coquillages », Techniques & Culture [En ligne], 59 | 2012, mis en ligne le 15 décembre 2015, consulté le 13 novembre 2022. URL : http://journals.openedition.org/tc/6685 ; DOI : https://doi.org/10.4000/tc.6685

E. Derrien, « L’odeur de la pourpre (1911) »

Cocaign Jean-Yves, « Le pourpre (Nucella Lapillus) et son utilisation comme teinture en Armorique. In: Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest. Tome 104, numéro 4, 1997. pp. 7-22;

http://www.pheniciens.com/articles/pourpre.php

Laurent Anglade et Thierry Éloi – Les vêtements de Caligula : un monstre s’habille – © Publications de l’École française de Rome, 2021 – Licence OpenEdition Books

http://eleonoremoine.weebly.com/la-pourpre-de-carthage.html

Archives de zoologie expérimentale – 1896

Gerschel Lucien, « Couleur et teinture chez divers peuples indo-européens ». In: Annales. Economies, sociétés, civilisations.21ᵉ année, N. 3, 1966. pp. 608-631.

Regina Hofmann-de Keijzer et Andreas G. Heiss, « La teinture à la Préhistoire : matériaux, techniques et analyses » in Actes de la journée d’étude de l’APRAB 6 mars 2015, Musée d’Archéologie Nationale 

https://lepetitjournal.com/istanbul/comprendre-turquie/les-pourpres-une-histoire-haute-en-couleurs-332024

Sophia Sotiropoulou « La pourpre dans l’art cycladique: identification du pigment dans
les peintures murales d’Akrotiri (Théra, Grèce) »

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