Comment une forme traverse le temps en changeant sans cesse de matière
Une coquille peut disparaître ; sa forme, elle, continue parfois de voyager pendant des millions d’années en changeant plusieurs fois de matière. Elle passe successivement du vivant à la pierre, du vide au plâtre, de la terre cuite à la résine, jusqu’au fichier numérique.
Toute l’histoire de la fossilisation est celle d’une forme qui change de matière sans jamais cesser d’être elle-même.
1- La nature crée la forme
1-1 Le mollusque vivant
Le mollusque vivant est constitué d’un corps formé de matière organique (les parties molles) et d’une coquille minérale.
Parmi les découvertes scientifiques concernant la fabrication des coquilles, René-Antoine Ferchault de Réaumur (XVIIIᵉ siècle) est un jalon important : il ne se contente plus de descriptions et de dessins, mais cherche à comprendre comment les coquilles se construisent. Dans sa communication à l’Académie des Sciences « De la formation et l’accroissement des coquilles » (1709), il montre que la croissance ne se fait pas par gonflement de toute la coquille, mais par ‘apposition‘ de matière au bord de l’ouverture.
Autre jalon important, Henri Moseley montre, dans son mémoire publié en 1838, « On the Geometrical Forms of Turbinated and Discoid Shells »» (1838), que la forme d’une coquille résulte d’un loi géométrique de croissance :
« La surface de toute coquille turbinée ou discoïdale peut être imaginée comme étant générée par la révolution autour d’un axe fixe … d’une figure géométrique, qui, restant toujours géométriquement similaire à elle-même, augmente continuellement ses dimensions ».
Autrement dit : une coquille est engendrée par une figure géométrique qui reste toujours semblable à elle-même tandis que seules ses dimensions changent.
De la protoconque à la coquille adulte, la forme est conservée
Cette permanence géométrique annonce déjà le fil conducteur des pages qui suivent : la matière pourra changer, disparaître ou être remplacée, mais la forme continuera de se transmettre.
Une coquille de mollusque est généralement composée de trois couches de compositions différentes :

- Périostracum ( n.m. (du grec [peri ] = autour de ; et [ostrakon] = coquille) : Cette couche externe, semblable à l’épiderme, est constituée d’une substance organique appelée conchyoline, sécrétée par le bord du manteau. Le periostracum supporte l’ornementation des coquilles, comme les motifs géométriques colorés. Il est rarement conservé sous forme fossile.
- Ostracum : Il s’agit de la partie calcaire de la coquille située sous le périostracum. Cette couche est principalement composée de prismes calcitiques (CaCO3).
- Hypostracum : c‘est la couche interne de la coquille des mollusques qui se trouve sous le l’ostracum et du périostracum. Elle est principalement formée de cristaux d’aragonite (CaCO3) disposés perpendiculairement à la surface. Cette couche, associée à la conchyoline, forme la couche de porcelaine et/ou de nacre irisée sur laquelle les muscles s’insèrent.
Thatcheria mirabilis
Cette coquille constitue la forme initiale à partir de laquelle dériveront, au cours de la fossilisation ou par le moulage, toutes les autres formes que nous allons rencontrer.






