Les prédations

PRÉDATIONS CONSTATÉES PAR L’OBSERVATION DES COQUILLES FOSSILES,EN PARTICULIER A GRIGNON, ET COMMENTAIRES
 
Définition prédations : actions diverses de certains organismes dans le but de s’alimenter.
 
A – Types de prédations
 
Prédation par perçage sur Collonia marginata. Il s'agissait là d'un individu âgé de cette espèce qui pullulait à Grignon, ainsi que le montre la couronne de tubercules autour de l'ombilic.1Le perçage 
La plupart des mollusques sont herbivores ou planctophages mais d’autres sont carnivores.
Observation aisée visible à l’oeil nu sur les bivalves et les gastéropodes.
Il s’agit de petits trous circulaires soit de forme cylindrique soit de forme conique, vus du dessus.
Ne doivent pas être confondus avec des trous de contours irréguliers liés à des brisures (chocs, usure par frottements, perçage par un lithophage, arrimage des éponges, action de l’outil du chercheur).
On peut aussi observer des ébauches de perforations témoignant d’actions qui ont échouées et aussi parfois des attaques multiples (photo).
A Grignon entre autres sites ce sont les Muricidae et les Naticidae qui devaient être le plus souvent responsables de ces prédations.
en forant avec leur radula, sorte de bandelette minuscule pourvue de dents alignées qui abrasent, usent et percent lentement le test.
De plus les murex injecte une substance acide qui va faciliter le perçage mécanique.
Les trous de forme cylindrique sont le fait des Muricidae; ceux en forme de cône celui des Naticidae, mais il peut y avoir des exceptions.
Exemples pris à Grignon :
On remarque en recueillant beaucoup de Collonia que de nombreux individus ont subi l’attaque d’un prédateur: ainsi sur 160 exemplaires de Colloniamarginata (33-1) 95 sont percés soit 59% du total ce qui est très important (photo).
Par contre chez une espèce assez proche morphologiquement, Cirsochilus caillati (33-15), pour le même nombre d’individus 35 étaient troués soit seulement 22%.
Dans les deux cas il s’agit de coquilles minces. Il peut s’agir d’une préférence pour la première ou d’un mode de dissimulation plus faible.
Identifications des responsables possibles
Pour ces deux petites espèces il est probable que les responsables sont soit des jeunes soit des petits adultes.
On pourrait imaginer que ce soit, par exemple, les Pterochelus contabulatus ou l’Eofavartia frondosa ou les Typhis (?), espèces si fréquentes à Grignon, pour les Muricidae ou l’Amaurellina canaliculata, qui pullule, pour les Naticidae.
Les prédateurs plus gros ont besoin de plus de nourriture s’attaquant à de plus grosses prises, par exemple aux bivalves (photo Fimbria lamellosa): Timbellus crenulatus tricarinatus, Timbellus tripteroides
 
Découpage typique d'un crustacé sur un Ficus smithi de Barisseuse. Certains rares Sycostoma présentent ce genre de prédation. Vue aussi sur une volute à la Ferme de l'Orme.2 – La fragmentation
Lors des recherches on trouve souvent des coquilles brisées y compris chez des espèces solides : Clavilithes, Campanile, grosses ampullines, volutes (muricina, citharoides) par exemple.
Responsables possibles :
 – Les crabes : ils maintiennent la coquille avec une pince et la brise avec l’autre. Difficile à imaginer à Grignon vue la rareté de ces organismes.
Ils découpent souvent une bande sur le dernier tour (photo)
– Les poissons : piste plus plausible car raies, requins et espèces proches des Diodons sont équipés pour cela  (voir Hervé Lapierre).
– Les céphalopodes :les poulpes sont capables avec leur « bec » puissant de broyer les coquilles et de rejeter les parties dures. Malheureusement ces organismes au test mou ne se conservent pas.
Remarque: à Grignon les campaniles sont toujours cassés parfois en gros tronçons parfois en petits morceaux. Bien que de nombreux organismes fixés sur eux les dissimulaient en partie, leur grosse coquille et la taille que devait avoir le pied étaient sûrement convoités par les prédateurs (gros poissons). On peut imaginer qu’ils pouvaient être attaqués par l’ouverture ce qui pourrait expliquer la découverte de labres isolés.
 
3 – Ouverture des bivalves
C’est la spécialité des étoiles de mer, pas possible à observer sur les fossiles, la dislocation des valves pouvant être due à la faiblesse du ligament articulaire.

B – Complément : mode de protection contre les prédateurs observés sur les coquillages actuels
1 – Cas particulier des Xenophora qui font adhérer sur leur coquilles des organismes leur permettant de passer inaperçus. Toutefois certaines espèces n’en possèdent que très peu, ce qui pourrait être lié à l’absence de prédateurs dans leur environnement.
2 – Présence d’épines ou de voiles susceptibles de gêner l’attaque du prédateur.
3 – Camouflage dans le sable, sous les algues, les pierres, les coquilles mortes, sous les organismes fixés sur eux.
4 – Sorties nocturnes quand les prédateurs se font rares.
5 – Test très épais, très solide.

6 – Vives couleurs indiquant que leur chair est toxique. 

7 – Présence d’un périostracum, sorte de « peau » épaisse recouvrant le test de certaines espèces.
 
CONCLUSION
C’est à la suite de quelques lectures et a beaucoup d’hypothèses personnelles que je vous soumets ces quelques lignes ayant trouvé là un sujet passionnant supplémentaire.
 
Le 29 février 2017
Daniel Ledon