Sortie oursins en Charente-Maritime 2014

Bienvenue en Aunis et Saintonge

Les anciennes provinces d’Aunis et Saintonge couvraient l’intégralité du département de la Charente-Maritime actuel, plus une partie de la Vendée, le sud des Deux Sèvres et la région de Cognac en Charentes.

 .                 Carte de l'Aunis - Wikipedia               Carte de la Saintonge - Wikipedia

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L’Histoire (raccourci..)

L’Aunis est la plus petite province française.

Un destin commun unit l’Aunis et la Saintonge jusqu’en 1374, date ou Charles V qui a récupéré le territoire correspondant au ¼ Nord-Ouest du département de Charente -Maritime (La Rochelle, Rochefort, Surgères, les Îles de Ré et Oléron) confie le « gouvernement » de ce territoire à La Rochelle.

L’origine du nom Aunis est controversée : il peut provenir soit du nom de la première capitale qui fut Chateillallon (Castrum Allionis) ou le « pays des Aulnes » (fagus alnensis)

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La présence de Néanderthal est attestée dans les vallées de la Charente et de ses affluents.

Il y a une présence importante de mégalithes datant du Néolithique dans la région de Cognac

Le territoire est occupé par les Ligures vers 1800 BC.

Arrivée des Gaulois (Santons) vers le VIIème siècle BC en provenance de Germanie ; puis annexion à l’Empire romain après la bataille d’Alésia et intégrée à la province d’Aquitaine. La Capitale est Saintes où subsistent un amphithéâtre, des Thermes, un pont sur la Charente, un arc votif de Germanicus et la Via Aggrippa qui reliait Saintes à Lyon.

Blason de la Saintonge - WikipediaLa Saintonge est christianisée par Saint Eutrope au IIème siècle. Il en devient le premier évêque ; martyrisé, le blason de la Saintonge représente sa mitre entourée de 3 fleurs de lys sur fond bleu.

La Saintonge est tour à tour possession des Ducs d’Aquitaine, des Comtes d’Anjou ; globalement elle est la frontière entre les domaines Capétiens et Plantagenet et se situera longtemps dans l’axe de la politique anglo-aquitaine.

Elle devient possession du roi de France Charles VII en 1451.

La Saintonge fut un fief du protestantisme et suite à l’Edit de Nantes, La Rochelle devient un haut lieu de la religion réformée, soutenue par les Anglais. Le pouvoir royal ne tarde pas à réagir et Richelieu entreprend en 1626, pour le compte de Louis XIII, le siège de La Rochelle qui se rend en 1629. Les remparts sont démantelés sauf les 3 tours encore visibles.

La révocation de l’édit de Nantes en 1685 provoque l’exode de nombreux huguenots vers le Nouveau Monde.

Le Terroir

Au Nord, riche région céréalière. Le bocage a été transformé en « open fields » et ressemble à la Beauce.

Le centre est le pays de la vigne, des fruits et de l’horticulture. Cognac !

La façade maritime est composée de marais et marécages. Les anciens marais salants ont été transformés en prés salés et parcs et claires à huitres. (Marennes Oléron premier bassin producteur d’huitres en Europe).

La Saintonge girondine : viticulture, céréales, melons, maraichage. La forêt de la Coubre est une pinède plantée vers 1850 pour contenir l’avancée des dunes dans la presqu’ile d’Arvert. Royan est la ville importante de cette région.

Personnages célèbres 

Aggrippa d’Aubigné (poète), Samuel Champlain (fondateur de Quebec), Pierre Loti (officier de marine, écrivain), Bernard Palissy (céramiste), Guy Chabot (baron de Jarnac, coup de…).

Alcide d’Orbigny (Rochelais d’adoption): inventeur de la micropaléontologie et de la théorie de la bio-stratigraphie à partir de ses études sur les foraminifères. Explorateur naturaliste en Amérique du Sud (il y précède de peu Charles Darwin) ; père de la paléontologie moderne il décrit de nombreux étages stratigraphiques (Toarcien (Thouars), Bajocien (Bayeux), Cénomanien (le Mans), Turonien (Tours), Kimméridgien (Kimmeridge) dont 3 en Saintonge : Coniacien (Cognac), Santonien (Saintes), Campanien (campagne charentaise) et définit de nombreux stratotypes.

La Géologie

L’Aunis et la Saintonge sont la partie septentrionale du Bassin Aquitain, un des 3 bassins sédimentaires français.

Jurassique (entre -200 et -140 Ma): à la dislocation de la Pangée, la mer envahit le territoire (Charentes, Périgord, Quercy…). Les Bassins Aquitain et Parisien communiquent par le seuil du Poitou. La subsidence du Bassin Aquitain permet une sédimentation importante > 300m. Au kimméridgien, sous un climat tropical, se forment des zones de hauts fonds propices au développement de récifs coralliens > La pointe du Chay près de La Rochelle, au programme de samedi.

Fin du jurassique: début du retrait de la mer. Emersion de reliefs à sédimentation confinée : argiles gypseuses  à Cherves près de Cognac (Ag club national 2011).

Début du Crétacé : régression maritime totale en Saintonge. Forte érosion dans un climat tropical. Formations de fleuves avec larges deltas associés à des zones marécageuses.

Crétacé supérieur (entre -100 et -65 Ma) : nouvelle transgression marine.

–          Au Cénomanien inférieur dépôts de sédiments détritiques (sables, argiles à lignite >ambre fossile à Archingeay). Très fossilifère en oursins, mollusques, dents de poisson et foraminifères. Iles d’Aix, Oléron, Madame (estran et écueils rochers autour de l’ile), Piedmont, au programme de jeudi.

–          Au Cénomanien moyen, importantes colonies de mollusques bivalves rudistes et dépôts de calcaires à ammonites visibles à l’ile Madame (falaises entre le parking de la passe aux filles et le puits des insurgés), programme de jeudi, + brachiopodes, oursins, huitres et foraminifères. Egalement visibles sur l’ile d’Oléron (plage des Chaucres)

–          Léger affleurement du Cénomanien supérieur calcaire argileux (visible à l’ile Madame près du Puits des Insurgés et dans la falaise de Port-des-Barques)

–          Turonien : climat chaud subtropical sur toute la terre, pas de glaces aux pôles > niveau océanique très élevé +150m/niveau actuel des mers ; favorise les édifices quasi récifaux que sont les bioconstructions à rudistes+ ammonites, gastéropodes, oursins, huitres géantes, inocérames, trigones…. Visible dans la falaise de Port-des-Barques. Visible également, la faille (fracture) qui met en les calcaires du Cénomanien supérieur et de marnes du Turonien inférieur.

–          Campanien (entre -84 et 71 Ma) : dépôt de puissantes séries crayeuses visibles dans les falaises le long de l’estuaire de la Gironde (Talmont, Meschers..), au programme de Vendredi. Ammonites, brachiopodes, huitres, rudistes et oursins (La craie est bien connue pour contenir un grand nombre de genres d’oursins. A l’origine, le sédiment meuble permettait à ces organismes, vivants sur substrat, de s’enfouir pour se constituer un gite de protection).

Peu de traces en Saintonge des périodes Paléogène et Néogène (tertiaire). Seule une superposition de strates du Maastrichien (-70Ma) et du Lutétien (-45M) est visible au Pont du Diable à St Palais, au programme de Jeudi.

Quaternaire : les périodes glaciaires notamment le Würm (entre -20000 et 15000 ans) favorisent un niveau des mers très inférieur au niveau actuel ; les rivières telles la Seuldre et la Charente sur-creusent leur lit (le Pertuis/détroit d’Antioche qui sépare les îles d’Oléron et Ré est en fait l’ancien delta de la Charente).

La remontée du niveau marin (transgression flandrienne à -10000 ans) permet le comblement des vallées, fleuves côtiers et baies par des sédiments fluvio-marins (le bri) qui formeront les marais actuels (Brouage, le marais Poitevin). C’est ainsi que les simples passes qui, jusqu’au Moyen Age, reliaient les 4 ilots de l’ile de Ré (Ré, Ars, Loix et Les Portes) furent comblées. Ces sédiments imperméables permirent la formation de marécages. L’homme les préserva de la mer par la construction de digues et, conditions climatiques aidant (vent, soleil), les transforma progressivement en marais salants.

Pour faire court (mais vraiment très court), retenir que dans les assises géologiques de la Charente-Maritime, l’Aunis (programme de samedi et dimanche) est en terrain jurassique et la Saintonge en terrain Crétacé (programme de jeudi et vendredi).

>>>A signaler que « la passe aux bœufs », cordon littoral (1km) qui relie (à marée basse) l’ile Madame au continent résulte de l’accumulation de sables, graviers, galets sous l’action de la houle et des courants. Programme de jeudi.

Bibliographie

Nicolas Charles (2012) Curiosités géologiques de l’Aunis et de la Saintonge – Editions Apogée et BRGM éditions

Didier Néraudeau, Romain Vullo et Mazan (2013): Fossiles de la Préhistoire charentaise – Le Croît Vif éditeur

Indépendamment de ces 2 ouvrages fort intéressants sur la géologie régionale, ceux qui veulent approfondir le sujet pourront consulter, dans la bibliothèque du club, les articles suivants:

Didier Néraudeau (2010): Les oursins du Cénomanien de l’île Madame – Revue Fossiles n°4

Patrice Lebrun et Laurent Rigollet (2012): Les échinodermes du Kimmeridgien de la Pointe du Chay (Charente-Maritime) – Revue Fossiles n°10

Aurélien Morhain (2013): Les échinodermes du Kimméridgien inférieur de la Charente-Maritime – Revue fossiles n°16

Club Quartier Libre 17: Les Fossiles de la Pointe de Chay à Angoulins 

ainsi que les sites internet suivants:

http://kimmeridgien17.over-blog.com/

http://www.ouest-paleo.net/

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Au programme de cette sortie

Les participants: Tadeusz, Suzette et Henri, Françoise, Hélène, Jean Claude, Anne et Jacques.

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Jeudi 25  Ile Madame, Visite de la collection de Michel, Piedemont, Brouage, Marennes.

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Vendredi 26  Barzan, Talmont, les Grottes troglodytes de Matata à Meschers-sur-Gironde.

La falaise de Meschers composée de sédiments calcaires et marneux du Maastrichien. L’infiltration des eaux de pluie dans des diaclases a conduit à la formation de cavités karstiques mises au jour par l’érosion marine ( voir le document remis par le propriétaire actuel des grottes de Matata). Habitées dès la Préhistoire, ces grottes furent utilisées par les Sarrasins, les Vikings ou les Protestants qui y venaient pratiquer leur religion. Elles servirent de caches pour entreposer le sel de contrebande ou de repaires pour naufrageurs, brigands…., et plus récemment d’habitations troglodytiques puis de restaurants où l’on venait déguster le caviar de l’estuaire. Certaines autres grottes servirent de point de départ à des carrières d’extraction du calcaire.

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Samedi 27  La Pointe du Chay, Le Museum d’Histoire Naturelle de La Rochelle, visite de la ville, restaurant.

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Dimanche 28  Visite de la collection de Laurent, prospection à Loix en Ré et à la Pointe des Baleines, découverte de Saint Martin en Ré.

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Lundi 29  Eglises romanes Notre Dame à Surgères, Saint Pierre d’Aulnay, les anciennes mines d’argent et église romane Saint Hilaire à Melle.

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– LES EGLISES ROMANES SAINTONGEAISES et POITEVINES (texte Françoise L.)

HONNEUR  AU  CALCAIRE CACO3! qui nous aura servi de fil conducteur tout au long de cette sortie. C’est un bon auxiliaire qui a servi d’écrin aux fossiles du récif corallien de la Pointe du Chay (Kimméridgien), des falaises de l’île Madame (Cénomanien) ou celles de Barzan (Campanien). Ces fossiles nous aident à remonter le temps.

Les parois de calcaire ont servi de protection aux grottes troglodytiques de Meshers (Campanien) creusées par l’eau et aménagées par l’homme.

C’est enfin la matière idéale pour la construction des châteaux, des remparts et de nombreuses églises où l’homme a pu exprimer sa foi en un autre monde. Une matière idéale, facile à tailler, avec laquelle le maître d’œuvre a pu créer des formes architecturales savantes de plus en plus hardies. Avec des images sculptées pour décorer et pour enseigner et guider les Hommes vers un au-delà qui les dépasse: une union de la matière et de l’esprit.

C’est en revenant de La Rochelle (mais  cela  aurait  pu  être  Compostelle) que nous avons visité 2 belles églises romanes: Notre-Dame de SURGERES (Unesco) et Saint-Pierre d’AULNAY-de-SAINTONGE et pour certains, après la visite des mines d’argent, une troisième, celle de Sainte Hilaire de MELLE (Unesco).

Un vrai régal pour les yeux et l’esprit que d’admirer et comprendre toute la symbolique de l’art roman. Régal que vous pouvez partager en visitant les nombreux sites internet dédiés à ces 3 églises et aux spécificités du roman régional.

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– LES MINES D’ARGENT DE MELLE (texte JCL)

Les mines d’argent de Melle (Deux Sèvres), dites des rois francs (Clovis 465-511) ou de Charlemagne (742-814) ont été exploitées entre le VIIème et le Xème siècle. Puis tombées dans l’oubli, elles furent redécouvertes fortuitement à la fin du XIXième siècle grâce à l’ouverture de carrières d’empierrement pour construire routes, chemins et voies ferrées dans la région.

Géologie

Melle se situe sur le versant aquitain du seuil du Poitou. Le seuil du Poitou est un vaste anticlinal en forme de plateau calcaire séparant les deux bassins sédimentaires d’Aquitaine et de Paris. La ville se situe d’autre part entre les deux massifs anciens Armoricain et Central. Voir extrait carte 1/50000 du BRGM.

Ces mines sont maintenant bien connues à la suite des travaux d’exploration minière menés par le BRGM de 1956 à 1962 et plus récemment des travaux menés par les archéologues.

L’argent est contenu dans la galène, un sulfure de plomb (PbS) qui a cristallisé dans des cassures, fissures et géodes de quartz localisées dans les cinq derniers mètres des calcaires d’âge Pliensbachien (Jurassique inférieur). Ces calcaires sont localement modifiés; silicifiés, dolomitisés, ferruginisés et karstifiés. Ils se situent au droit d’un paléorelief, créé par le granite de Pied-Pouzin connu au nord de Melle. Les marnes du Toarcien, stériles, ont scellé la structure géologique.

Le plomb provient du lessivage des socles hercyniens du Massif Central et de la Bretagne. Il a été piégé dans les calcaires Pliensbachien soulevés à un niveau proche de l’émersion, à l’aplomb du haut fond, puis reconcentré par les phénomènes de dissolution-recristallisation propres à la karstification. Les teneurs du minerai son faibles, 2% de plomb.

La mine proprement dite

La méthode d’exploitation était relativement simple. Pour accéder au niveau minéralisé en galène, les mineurs sont partis des affleurements dégagés par l’érosion le long des vallées. Sur le plateau, ils ont creusés des puits de quelques mètres de profondeur.

L’abattage des roches se faisait au feu. La chaleur du foyer dressé contre la paroi rocheuse faisait éclater la roche sur quelques décimètres d’épaisseur La région est truffée de petits puits et de cheminées pour assurer  l’aération des foyers d’abattage.

La monnaie

Après abattage, le minerai était enrichi par lavage et broyage pour éliminer les parties légères et stériles, puis fondu pour obtenir le plomb d’œuvre contenant l’argent.

Le plomb d’œuvre était ensuite refondu dans une coupelle en flamme oxydante à environ 1000 degrés. A cette température, le plomb s’oxyde sous forme de litharge (PbO) tandis que l’argent reste à l’état métallique. La litharge est continuellement écumée, ainsi la proportion de plomb diminue dans le bain de fusion, celle d’argent métallique augmente. A la fin du processus un éclair blanc se produit dans la coupelle, il ne reste plus que l’argent métallique.

L’argent était ensuite laminé au marteau (et au rouleau?) puis utilisé à la frappe de la monnaie (deniers et oboles). La litharge redevenait plomb métal par fusion réductrice et trouvait une utilisation dans l’industrie du bâtiment pour réaliser scellements et travaux d’étanchéité.

Quelques chiffres pour terminer, une livre d’argent donnait 240 deniers ou 480 oboles…une vache valait dans les 15 deniers.

Bibliographie

Carte géologique 1/50000 BRGM

– Florian Tereygeol, les mines d’argent à Melle

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Sans oublier….la récolte d’Oursins

Ile Madame: Hyposalenia, Goniopygus menardi

Piedmont: Catopygus, Nucleopygus, Polydiadema tenue, Anorthopygus orbicularis

Barzan: Bolbaster cotteaui, Bolbaster nasutulus, Pleurosalenia heberti, Anorthopygus orbicularis

La Pointe du Chay: Pseudocidaris mammosa et Acrocidaris nobilis

Loix en Ré: Glypticus hieroglyphicus, Stomechinus perlatus, Phymosoma supracorralinum

St Clément des Baleines: Pseudocidaris mammosa (+beaucoup de radioles), Pseudosalenia aspera

Avec quelques photos d’oursins de la collection de Michel (Pdt club La Rochelle)

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Je remercie tout particulièrement et en premier lieu Tadeusz qui, avec générosité et enthousiasme, nous a guidé et fait partager sa passion et ses connaissances tout au long de cette sortie. Mes remerciements vont également à Michel, Jean Pierre et Laurent (du club de La Rochelle) qui généreusement nous ont accordé le privilège de visiter leurs collections personnelles, nous guider à la Pointe du Chay, au MHN de La Rochelle et nous accompagner sur l’île Madame et sur l’île de Ré. JD