Athleta (volutospina) spinosus (Linnaeus, 1758)

Il faut attendre au minimum la fin du XVIᵉ siècle – voire le XVIIᵉ siècle, tant la datation de ces œuvres demeure délicate – pour voir apparaître des fossiles du Bassin parisien sous forme de moulages intégrés dans des bassins dits « rustiques figulines », longtemps attribués à Bernard Palissy, compte tenu de son intérêt pour les ‘pierres figurées‘ que Palissy mentionne lui-même sur les sites de Champagne, de Soissons et du Valois : « des buccines de diverses grandeurs bien souvent aussi longues que la jambe d’un homme ». Cette description pourrait correspondre à l’évocation du Cerithium giganteum, Lmk 1804) et provenir du gisement de ‘Venteuil en Valois’ près de Damery (51).

Dans le plat conservé au Metropolitan Museum of Art (photo ci-dessous), des moulages de fossiles lutétiens et cuisien de l’Éocène du Bassin parisien sont associés à des coquillages actuels. On y reconnaît notamment des formes correspondant à Ancilla, Athleta, Chama, Crommium, Haustator, Clavilithes, entre autres. Les historiens de l’art s’accordent aujourd’hui pour attribuer ce type de production à des ateliers postérieurs à celui de Palissy, notamment celui du « Maître au griffon ».

Dans un article publié dans Fossiles (n°16, Revue française de Paléontologie), Michel Pacaud et Jacques Pons ont étudié le positionnement des moulages d’Athleta (Volutospina) spinosus (Linnaeus, 1758) sur le plat du MET. Leur analyse met en évidence les différentes figurations de cette espèce depuis le XVIIᵉ siècle, ainsi que l’évolution de ses dénominations successives :

Pl-1-Quelques-figurations-anciennes-dAthleta-Volutospina-spinosus-LINNAEUS-1758-1

1- Sur le plat du MAT attribué à l’atelier du « Maître au griffon », quatre moulages d’Athleta (Volutospina) spinosa sont visibles, signalés par des flèches.

2– « Appendix ad historiae conchyliorume librum IV » (1692) Anna et Suzanna Lister, illustratrices des ouvrages de leur père Martin Lister. Le taxon est mentionné comme provenant « a sabuletis Parisiens »  (extrait des sables de Paris).

3– « Catalogus Classicus & Topicus Omnium Rerum Figuratum in V. Decadibus » Planche LXXVIII par James Petiver (1711), pharmacien, botaniste et entomologiste anglais. Le taxon est décrit comme « une sorte de murex fossile  » .

4– « Testarum conchyliorum » pl LV par Niccolo Gualtieri (1742), médecin et un malacologiste italien. L’espèce est assimilée à un «  strombus  » .

5– « L’histoire naturelle expliquée… » Planche Fossiles par Dezallier d’Argenville (1742). L’espèce est décrite comme « un rocher  » .

6– « Recueil de monumens des catastrophes que le globe de terre a essuiées contenant des pétrifications » Pl 102-7 par Jean Ernest Emanuel Walch (1768), naturaliste allemand. Le taxon est décrit comme « Un Cono-trochite ; espèce de Buccinites  » .

7– « Catalogue systématique et raisonné, ou description du magnifique Cabinet appartenant ci-devant à M. le comte de La Tour d’Auvergne » par Jacques de Favanne de Montcervelle (1784) qui a publié en 1780 « La Conchyologie » par Dezallier d’Argenville Vol 3, Planche Fossiles : « Le Rocher à liserés couronné d’Epines«  parmi 38 coquilles fossiles de Courtagnon » .

8– « Vollständige Einleitung …Introduction complète à la connaissance et à l’histoire des pierres et des fossiles » par Johan Samuel Shröter (1784), naturaliste allemand. Le taxon est décrit comme « Strombus spinosus« , « un murex provenant de Courtagnon » .

9– « Neues systematisches Conchylien Cabinet » Johann Hieronymus Chemnitz (1795), conchyliologiste prussien :  « Strombus spinosus  » .

10– Tableau encyclopédique et méthodique des trois règnes de la nature : mollusques et polypes divers » J.B. de Lamarck (1816) :  » Voluta spinosa « .

Évolution de la nomenclature

L’espèce est initialement décrite par Carl Linnaeus sous le nom de Conus spinosus dans le Systema naturae (1758), dans le cadre de la première nomenclature binominale appliquée aux mollusques.

Elle devient ensuite :

  • Strombus spinosus (Schröter, 1784 ; Chemnitz, 1795)

  • Voluta spinosa (Lamarck, 1816 ; Deshayes, 1824)

  • Volutilithes spinosa (Briart & Cornet, 1869)

  • Volutilithes spinosus (Cossmann, 1889)

  • Athleta (Volutospina) spinosa (Cossmann, 1913)

Le genre Athleta est créé en 1853 par Timothy Abbott Conrad (Proceedings of the Academy of Natural Sciences of Philadelphia, p. 448).

La dénomination actuellement admise est :
Athleta (Volutospina) spinosus (Linnaeus, 1758)†, selon Le Renard & Pacaud (1995), intégrant genre, sous-genre, espèce, auteur, date et statut d’extinction.

Un exemplaire de Grignon, décrit en 1784 par Favanne de Montcervelle comme « le rocher à liserés couronné d’épines », montre que, chez certains spécimens bien conservés, subsistent des traces de coloration originelle : une vingtaine de bandes spirales ocre à orangé, voire cannelle — détail déjà signalé par Davila en 1767. 

 

Bibliographie :

Michel Pacaud et Jacques Pons « Contribution des motifs résiduels de couleur dans la discrimination des espèces d’Athletinae de l’Eocène du BP » in Fossiles n°16, Revue française de Paléontologie (2011).

François Ellenberger « Histoire de la géologie » (1988).

Duhem « Le système du monde » (1913).