Le 21 septembre 1792, la Convention Nationale proclame la 1ère République et décide d’instaurer un nouveau calendrier qui devra s’affranchir de la monarchie et du christianisme. Il entre en vigueur le 15 vendémiaire an II (), mais commence rétroactivement le 1er vendémiaire an I () jour de l’équinoxe d’automne. Cependant, ce calendrier est finalement aboli par un senatus-consulte lors de la séance du Sénat le 22 fructidor an XIII, rétablissant l’usage le calendrier grégorien à partir du 11 nivôse an XIV suivant, soit le 1er janvier 1806.
Gilbert Romme, député de la Montagne, est chargé de rapporter les travaux de la Commission chargée de concevoir ce nouveau calendrier. Basé sur un système décimal, le calendrier républicain comprend quatre saisons de trois mois, chacun comptant trente jours divisés en trois décades.
Chaque jour de la décade est nommé : Primedi, Duodi, Tridi, Quartidi, Sextidi, Septidi, Octidi, Nonidi et Decadi.
Les cinq ou six jours supplémentaires (selon les années bissextiles), appelés les « Sans culottides » sont dédiés à de nouvelles fêtes républicaines telles que la fête de la Vertu, du Génie, du Travail, de l’Opinion, etc.
Le poète Philippe François Nazaire, dit Fabre d’Eglantine (1750-1794), chargé de la dénomination des mois et jours au sein de la Commission, évoque ainsi la fête de l’Opinion (20 septembre) : » Dans le jour unique et solennel de la fête de l’Opinion, la loi ouvre la bouche à tous les citoyens sur le moral, le personnel et les actions des fonctionnaires publics ; la loi donne carrière à l’imagination plaisante et gaie des Français. Permis à l’opinion dans ce jour de se manifester sur ce chapitre de toutes les manières : les chansons, les allusions, les caricatures, les pasquinades, le sel de l’ironie, les sarcasmes de la folie, seront dans ce jour le salaire de celui des élus du peuple, qui l’aura trompé ou qui s’en sera fait mésestimer ou haïr. L’animosité particulière, les vengeances privés ne sont point à redouter ; l’opinion elle-même feroit justice du téméraire détracteur d’un magistrat estimé. C’est ainsi que par son caractère même, par sa gaieté naturelle, le peuple français conservera ses droits et sa souveraineté ; on corrompt les tribunaux, on ne corrompt pas l’opinion. Nous osons le dire, ce seul jour de fête contiendra mieux les magistrats dans leur devoir, pendant le cours de l’année, que ne le feraient les lois même de Dracon et tous les tribunaux de France. La plus terrible et la plus profonde des armes françaises contre les Français, c’est le ridicule : le plus politique des tribunaux, c’est celui de l’opinion ; et si l’on veut approfondir cette idée et en combiner l’esprit avec le caractère national, on trouvera que cette fête de l’opinion seule est le bouclier le plus efficace contre les abus et les usurpations de toute espèce« .
Mais quel est le lien avec la Géologie ? Il apparaît dans les noms attribués aux jours du mois de Nivôse, où l’on trouve pêle-mêle le jour de la Houille, du Bitume, du Soufre, du Granit, du Grès, du Silex, du Marbre… mêlés au jour du Fumier, du Chien ou du Chat… Voir ci-dessous.
Le choix de ces dénominations s’inscrit dans la volonté de Fabre d’Églantine d’inscrire le calendrier dans une vision naturaliste et rationnelle du monde. En rompant avec les références religieuses du calendrier grégorien, chaque jour devait évoquer un élément concret de la nature, du travail agricole ou des ressources terrestres, en accord avec la saison correspondante.
Gilbert Romme est condamné à mort en 1795 par la Convention et se suicide avant son exécution.
Fabre d’Eglantine est guillotiné en 1794 avec les dantonistes. ![]()
Bibliographie : Article de Daniel Coutier ancien Président du Club National paru dans le N° 54 du bulletin du Club – Décembre 2001
Photo d’en tête : Salvatore Tresca (Graveur) – Louis Lafitte (Dessinateur du modèle) http://cghaubiere.blogspot.it/2012/01/calendrier-republicain.html, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=36981500
